Apophis le destructeur

Plusieurs scientifiques et astronomes de renom critiquent sévèrement l’agence spatiale américaine, et lui reprochent de sous-estimer les risques d’impact entre la Terre et un astéroïde. La NASA a en effet choisi de se consacrer en priorité au recensement des géocroiseurs (asteroides) de plus d’un kilomètre de long, alors que des météorites de seulement quelques dizaines de mètres – beaucoup plus difficiles à repérer - peuvent déjà avoir des conséquences désastreuses sur notre planète en provoquant un bouleversement terrestre majeur. Le point sur les véritables risques liés à ces terreurs de l’espace.

Si l’astéroïde Apophis venait à percuter la Terre en 2036 ...

Apophis 1

 

 

« Si l’astéroïde Apophis venait à percuter la Terre en 2036, l'énergie cinétique dégagée par cet objet de 20 millions de tonnes équivaudrait à 58.000 bombes d'Hiroshima ; on comprend mieux pourquoi les scientifiques l’ont appelé le Destructeur… »
« À tout moment, un astéroïde de plusieurs dizaines de mètres de long peut venir s’écraser sur la planète sans qu’aucun système de détection ne soit capable de lancer un quelconque signal d’alarme ! »

Tout a commencé en mars, avec un rapport de la NASA remis au Congrès américain concernant les astéroïdes et les objets susceptibles d’entrer en collision avec la Terre : sévèrement critiqué par les membres du comité scientifique et technologique de la Chambre des Représentants, ainsi que par de nombreux astronomes de renommée internationale, ce rapport crée la polémique sur la véritable efficacité de l’agence spatiale américaine en matière de détection des objets célestes dangereux, et sur les moyens mis en œuvre pour éviter une éventuelle collision.

Un recensement incomplet des menaces cosmiques


Le reproche récurrent à l’encontre de la NASA concernant ce rapport, c’est qu’elle consacre la totalité de son budget (4,1 millions de dollars) à la recherche d’astéroïdes de plus d’un kilomètre de long, qui, assurément, provoqueraient une apocalypse sur Terre en cas d’impact. Or les spécialistes estiment qu’il serait beaucoup plus judicieux de se consacrer à la détection des centaines de géocroiseurs plus petits, qui sont pour le moment totalement ignorés alors qu’ils constituent une menace certaine et sont susceptibles de provoquer des dégâts catastrophiques. La sonnette d’alarme avait déjà été tirée le 14 juin 2002, lorsque 2002 MN – un astéroïde de 80 mètres de diamètre - avait frôlé la terre : les astronomes ne l’avaient détecté que 3 jours après son passage au-dessus de la Terre, car il était masqué par l’éclat du Soleil ! Cet exemple montre bien qu’il est illusoire de penser que les risques en matière d’impact météoritique sont maîtrisés par les autorités compétentes ; à tout moment un corps céleste de plusieurs dizaines de mètres de long peut venir s’écraser sur la planète sans qu’aucun système de détection ne soit capable de lancer un quelconque signal d’alarme !

Se rappeler de la catastrophe de Tungunska

Comme l’a rappelé l’astronome Russel Schweickart lors de la 26ème conférence de la National Space Society, l'asteroide qui a détruit en 1907 2.000 km2 de forêt en Sibérie, un épisode mieux connu sous l’appellation de ‘catastrophe de Tungunska’, ne mesurait que 40 à 50 mètres de diamètre selon les estimations. On se rend alors bien compte des dégâts qu’une météorite – même de taille modeste – pourrait infliger s’il venait à tomber sur une ville à forte densité… « En se concentrant sur des cas extrêmes, comme les astéroïdes croiseurs d’au moins un kilomètre, la Nasa commet une grave erreur d’analyse » conclut l’astronome, qui s’inquiète également des stratégies imaginées par la NASA pour détourner un astéroïde se dirigeant vers notre planète. 


Nucléaire Vs Astéroïde : un pari risqué


En effet, l’agence spatiale américaine préconise dans ce fameux rapport une explosion nucléaire pour dévier de son orbite ou carrément détruire un corps céleste menaçant. Schweickart et ses collègues de la Fondation B612, qui consacrent leurs travaux aux moyens de détourner les géocroiseurs, rappellent que les charges explosives constituent une solution peu efficace et qui plus est dangereuse : non seulement il est impératif de connaître la composition exacte de l’astéroïde pour calculer la masse explosive nécessaire, mais surtout la déflagration risque de scinder l’objet en milliers de fragments plus petits qui retomberaient comme une averse mortelle sur notre planète, aggravant encore les dégâts d’un impact unique. L’astronome préconise au contraire l’utilisation d’un ‘vaisseau remorqueur’ qui dévierait l’astéroïde par la seule force de la gravité et sans entrer en contact direct avec le corps céleste. « Cette méthode ne serait pas sensible aux propriétés physiques de la surface, ni à la structure interne et à la rotation de l’astéroïde.

Le vaisseau aurait seulement besoin de rester en vol stationnaire, dans la direction du remorquage, tandis que l’astéroïde tournerait en dessous de lui. Un petit bateau remorqueur finit par faire bouger un porte-avion s’il le tire suffisamment longtemps ! » explique Edward Lu, le scientifique à l’origine de cette technologie. Une telle opération de sauvetage pourrait devenir nécessaire dès 2029 si la trajectoire de l’astéroïde Apophis était modifiée par son passage prévu cette année-là très près de la Terre (voir notre encadré). Il pourrait alors revenir frapper notre planète en avril 2036 ! Il devient donc urgent de trouver un consensus sur la stratégie la plus efficace à adopter pour éliminer la menace cosmique…

Prévenir l'arrivée d'un astéroide : notre seul chance


Devant la gravité et l’urgence de la situation, plusieurs scientifiques ont réclamé cet été une action mondiale contre les astéroïdes tueurs qui menacent la terre : selon eux, le lancement d'un satellite capable d'assurer une surveillance complète des astéroïdes coûterait moins d'un milliard de dollars, tandis qu’un impact avec un géocroiseur de taille moyenne coûterait selon les estimations au moins…

400 milliards de dollars ! Ils rappellent également qu’aucun texte ne codifiant les décisions à prendre en cas de menace n’a été envisagé au niveau politique, ce qui rend plus difficile la coopération internationale sur un danger qui menace pourtant n’importe quelle région du globe ! Quant au Congrès américain, il a demandé à la NASA de revoir sa copie : il exige que l’agence spatiale alloue un budget conséquent pour que 90% des géocroiseurs d’au moins 140 mètres de long soient répertoriés dans les 15 années à venir.

La NASA devra également proposer des solutions alternatives viables et autres que nucléaires pour détourner un de ces objets s’il menaçait de percuter la Terre, ou si son orbite l'amenait sur une trajectoire de collision à plus ou moins longue échéance. Une initiative qu’il serait grandement temps de concrétiser, puisque l’on estime actuellement le nombre d'objets célestes inconnus de plus de 140 mètres de diamètre restant encore à découvrir à environ 20.000…

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